Visite de la Manufacture Bohin du 12 octobre 2019


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Etre membres d’associations promouvant la culture bretonne nous fait forcément côtoyer les costumes, les coiffes, les défilés en costume… Et quand on creuse un peu, on se pose des questions sur leur histoire, leur conservation, leur collectage…

L’époque de l’aiguille en os ou en arrêtes de poisson est bien lointaine. Comment la civilisation aurait-elle bien pu évoluer sans l’invention des aiguilles !

Au moment de la création de nos costumes au 19ème siècle, le test d’embauche dans les manufactures d’aiguilles était un test sur l’acidité des mains : les ouvriers ne devaient pas avoir une sueur trop acide pour ne pas faire rouiller ces petits objets.

Les aiguilles ont accompagné l’évolution de nos civilisations, ont évolué en même temps que l’histoire des technologies. Et que d’évolutions technologiques !

Indispensables, les aiguilles étaient utilisées par les dames partout en France. Pour un complément de revenus, elles brodaient ou confectionnaient des pièces ou morceaux de pièces pour des artisans locaux qui revendaient la production. Nous pensons par exemple aux sardinières et à leur travail sur filet.

Le 12 octobre dernier, c’est à onze que nous avons voulu en savoir plus et avons visité la Manufacture Bohin à Saint-Sulpice-sur-Risle, dans l’Orne.

Nous avons débuté la visite par l’exposition temporaire du travail du couturier Eymeric FRANCOIS, un “COUTURIER D’EPINGLES”. Mais qu’est-ce donc ? C’est un couturier qui brode avec des épingles comme il broderait avec des perles. Pour vous faire une idée de ce que cela peut donner, regarder la photo… et contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela ne pique même pas ! Nous avons fait le test !

Mais l’exposition ne présentait pas uniquement la collection de “broderie à l’épingle”. Et nous avons pu apprécier de très près le travail réalisé sur des robes de haute couture, magnifiques, bien que souvent importables par le commun des mortels. Ces pièces féminines, cintrées, aux formes au plus près du corps, du moins pour les bustiers des robes et la moitié des jupes, présentaient systématiquement une pièce très travaillée en tulle brodé, perlé, détournant la passementerie, la fourrure, les fleurs, la broderie. L’utilisation des épingles de laiton ou d’acier sur certaines pièces rendent les broderies exceptionnelles. Marie-Paule, en professionnelle, a particulièrement su estimer le travail réalisé.

Le soleil et la douceur bienveillants de la fin de saison d’une exceptionnelle douceur nous ont permis de partager un déjeuner au bord de la Risle, devant les bâtiments industriels du 19ème siècle, inscrits sur la liste des monuments historiques, et que l’on pourrait croire tout juste sortis de terre tellement ils sont restés magnifiques.

La force hydraulique de la Risle a permis l’ouverture de la première manufacture en 1833, puis l’installation de Bohin en 1866.

Après notre déjeuner, nous avons visité la manufacture proprement dite, puis le musée proposant une mise en scène informative et ludique sur la marque et ses produits (tréfilerie, aiguilles de phonographe ou pour utilisation médicale).

Nous avons pu apprécier combien la fabrication de ces petits objets simples et peu coûteux pouvait demander d’opérations jusqu’à leur emballage, pour obtenir des aiguilles parfaites. Un travail compliqué, exigeant et difficile. Un savoir-faire exceptionnel pour ce dernier fabricant français d’aiguilles dont le nom évoque la qualité. En amont, des étapes indispensables de recherches en développement, de recherche de matériaux.

Techniquement, nous avons pu voir le tout premier tableau électrique (GEANT) du début du 20ème siècle, mais aussi les machines du 19ème siècle encore en activité jusqu’aux années 1950, et toujours utilisées quotidiennement par une poignée d’ouvriers qualifiés perpétuant la tradition. En l’absence du personnel durant le week-end, des petits films et panneaux explicatifs devant chaque machine nous en ont expliqué l’usage. Vingt-sept étapes sont nécessaires à la fabrication : empointage pour créer la pointe de l’aiguille, estampage et perçage pour créer le chas, bain d’huile suite à un passage dans un four 835 °C pour durcir l’aiguille, passage dans la sciure pour absorber l’huile, bains pour l’assouplir, rangement pour ordonner les aiguilles sorties en vrac, polissage pour rendre les aiguilles bien lisses, nickelage pour protéger de l’oxydation, appérissage pour ranger les aiguilles toutes dans le même sens et permettre le conditionnement… Comment imaginer tant de haute technologie, de recherche des meilleurs matériaux lorsque nous brodons ou cousons à l’aide de ces petits instruments.


La scénographie du musée, extrêmement ludique, nous a permis aussi de rencontrer Benjamin Bohin qui, dans un petit film, nous raconte son époque avec les premières réflexions sur l’évolution sociale visant au mieux-être des employés, sa recherche technologique de géo-trouve-tout et ses nombreux brevets déposés de bricoleur inventif, les pas de géant de l’industrialisation, des recherches de sources d’énergie, mais aussi son idéalisme, rêvant de paix entre les hommes jusqu’à inventer une langue, le “Patoiglob”. Son tour du monde à la rencontre des peuples a achevé  de nous le rendre bien sympathique.

Après un passage à la boutique-caverne-d’Ali-Baba et son personnel très accueillant où, en prime, étaient exposés de ravissants tableaux minutieusement confectionnés en patchwork et petits bouts de tissus, créés par Martine Apaolaza, nous avons terminé notre journée par la brocante-caverne-d’Ali-Baba de Glos-la-Ferrière – petit détour dont certains ont agréablement bien profité. En conclusion, une très agréable journée de découverte et de convivialité, à renouveler.

Rendez-vous le 26 SEPTEMBRE 2020 pour la visite du musée de la dentelle d’Alençon et d’un autre lieu surprise.

Joncour Christelle et Houdu Patricia

Pour en savoir plus :

https://bohin.fr/

http://www.eymericfrancois.com/

https://martine-apaolaza.odexpo.com